Analyse | Le boomerang tarifaire de Donald Trump
Croyant fortement à une forme de mercantilisme, une théorie économique qui favorise les exportations et qui défavorise franchement les importations, Donald Trump a imposé sa série de tarifs douaniers au début du mois en présentant le tout comme une grande « libération » pour les États-Unis. Le problème, pour lui, c’est que son boomerang tarifaire lui est revenu en plein visage ces derniers jours, gracieuseté du marché obligataire. L’administration américaine a paru surprise par la réaction des marchés financiers. Non seulement les indices boursiers américains ont chuté de 10 à 12 % en quatre jours, mais le marché des obligations a aussi agi dans le sens contraire de ce qui était attendu. Habituellement, lorsque la valeur des actions baisse, comme on l’a vu, les investisseurs se réfugient dans le marché obligataire, à la recherche d’une forme de sécurité. Mais ce n’est pas ce qui s’est passé. On a plutôt vu qu’en concordance avec le marché des actions qui reculait, le prix des obligations s’est mis à chuter également. Rapidement, à la Maison-Blanche, on s’est rendu compte que quelque chose clochait. Sommes-nous en train d’assister à une perte de confiance envers la dette américaine et le dollar américain? Ou se peut-il qu’un gros détenteur d’obligations ait décidé de liquider ses bons du Trésor américains? Plusieurs soupçonnent la Chine d’avoir amorcé la vente de ses titres américains, elle qui détient pour 760 milliards de dollars américains d’obligations du gouvernement des États-Unis. Si tel est le cas, c'est un sérieux rappel à la Maison-Blanche que la Chine détient un puissant levier de négociation que le président et son équipe ne peuvent pas sous-estimer. Il faut savoir qu’une baisse du prix des obligations s’accompagne d’une hausse des taux d’intérêt. Si la demande pour les titres de dette des États-Unis est plus faible, le prix de l’obligation va fléchir et il en coûtera plus cher au gouvernement pour emprunter et pour se financer. Le coût d’emprunt augmente avec les taux d’intérêt qui montent. Je vous rappelle qu’en temps normal, la chute des actions provoque généralement une hausse de l’intérêt des investisseurs pour les obligations, dont les prix augmentent alors que les taux baissent. Mais il s’est passé exactement le contraire au début de la semaine : le taux sur le bon du Trésor américain de 10 ans, au lieu de baisser, est passé de 3,9 à 4,4 % en deux jours seulement. Alerte rouge! Cette réaction a étonné tout le monde à la Maison-Blanche et semble même avoir créé une certaine panique puisque le marché obligataire envoyait un signal de gros dérapage financier potentiel aux États-Unis. Une accélération des ventes d’obligations et une hausse soutenue des taux d’intérêt avaient ainsi le potentiel d’augmenter sensiblement les coûts d’emprunt pour les États-Unis, un pays largement endetté, avec des déficits budgétaires d’une valeur de 6 à 7 % du PIB. Surtout, une crise de confiance se profilait à l’horizon… et se profile peut-être encore en ce moment. C’est probablement pour cela que le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, est allé dire au président Trump qu’il n’avait d’autre choix que de reculer. Les choses ne se passaient pas comme prévu ou, à tout le moins, se passaient beaucoup plus rapidement qu’attendu. Et c’est ainsi que le président des États-Unis a annoncé, en début d’après-midi mercredi, qu’il suspendait pour 90 jours les droits de douane dits réciproques tout en maintenant un tarif de base de 10 % pour tous les pays du monde, sauf le Canada et le Mexique. La Chine a été exclue de ces annonces puisque les États-Unis ont plutôt renchéri dans la guerre tarifaire qui ne fait que s’accélérer entre ces deux pays. La crainte d’une chute de confiance envers le marché américain semble avoir contribué à la baisse des actions également en début de semaine, avant le rebond de mercredi, après l’annonce du président américain. Le retour à la baisse des indices boursiers jeudi signale clairement que la guerre tarifaire qui se poursuit, avec un tarif douanier de base de 10 % contre presque tous les pays et l’escalade tarifaire avec la Chine, demeure une menace majeure envers l’économie américaine et envers la confiance des investisseurs. D’ailleurs, le président Trump n’a pas exclu, jeudi, de prolonger la pause sur les tarifs douaniers dits réciproques au-delà des 90 jours prévus. Et le conseiller économique à la Maison-Blanche Kevin Hassett s’est empressé de dire que 15 pays avaient soumis des propositions d’ententes commerciales avec les États-Unis. Il est clair que les choses ne se passent pas comme prévu à Washington. C’est le marché financier qui a pris le contrôle de la situation. L’amateurisme de l’administration actuelle, qui a imposé des tarifs douaniers à partir d’une formule simpliste, sans aucun fondement scientifique, a ébranlé la confiance de tout le monde. Le président n’a d’autre choix que de réagir promptement. Et il devra le faire encore, à n’en pas douter. Au passage, on peut se demander si le président des États-Unis n’a pas commis une forme de délit d’initié dans le processus qui a mené à son virage à 180 degrés, mercredi. Des élus démocrates ont exprimé des doutes cette semaine sur l’opération menée par le président, qui a provoqué une remontée de 5 à 12 % des indices, mercredi, après une chute marquée pendant quatre jours. Qui savait ce que le président s’apprêtait à faire? Y a-t-il, dans l’entourage du président, ces milliardaires souvent qualifiés d'oligarques qui ont son écoute, des gens qui auraient pu profiter d’une information privilégiée? Donald Trump a publié un message mercredi matin sur son réseau social, après l’ouverture des marchés, où il invitait les personnes qui le suivent à saisir les occasions qui se présentent en bourse. Pourquoi a-t-il écrit ce message? Cherche-t-il à se protéger en cas d’accusations de délit d’initié afin de lui permettre de dire que tout le monde était informé que c’était le bon moment d’acheter? Au bout du compte, la présidence de Donald Trump n’a-t-elle pour objectif que de servir des intérêts financiers privés, ceux de quelques personnes, y compris ses propres intérêts? Ces questions sont légitimes et méritent une enquête. Chose certaine, si certains jugeaient encore qu’il fallait donner une chance à la stratégie commerciale du président Trump, il est clair aujourd’hui que l’administration américaine a sous-estimé les effets de cette politique et a brisé la confiance de nombreux investisseurs.Une crise de confiance?
Un délit d’initié?
C’est le moment d’acheter
, a-t-il écrit alors que la bourse était en baisse depuis jeudi.
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